Formation & Emploi

La formation professionnelle : un système sous pression

Presque la moitié des adultes européens ont besoin d'une montée en compétences — mais les systèmes de formation peinent à répondre.

39,5 %adultes UE formés en 2022 (cible : 47 %)
34,9 %taux belge (objectif 2030 : 60,9 %)
77 %emplois bruxellois exposés à l'IA
128 Madultes européens à upskiller

L'Europe rate ses objectifs de participation

La participation des adultes à la formation reste structurellement insuffisante dans l'Union européenne. En 2022, seuls 39,5 % des adultes de 25 à 64 ans avaient suivi une formation — loin de l'objectif UE de 47 % fixé pour 2025. Les écarts entre États membres sont considérables : la Suède et les Pays-Bas dépassent 65 %, tandis que la Pologne, la Bulgarie et la Grèce restent sous 25 %.

La situation est encore plus préoccupante pour les personnes sans emploi : en 2024, seulement 15,3 % des demandeurs d'emploi avaient une expérience récente d'apprentissage, contre une cible UE de 20 %. Surtout, la formation financée par les employeurs reste concentrée chez les travailleurs déjà les plus qualifiés — ceux qui en ont le moins besoin. Presque 50 % des adultes européens (128 millions de personnes) présentent un besoin potentiel d'upskilling ou de reskilling selon le CEDEFOP.

Les projections à horizon 2035 amplifient l'urgence : la demande de travailleurs hautement qualifiés sera 21 % supérieure au niveau de 2025, et moins de 10 % de la main-d'œuvre européenne sera peu qualifiée — une transformation alimentée par la transition numérique et le départ à la retraite des cohortes les moins diplômées.

La Belgique, en retard et en déclin

La Belgique fait figure de mauvais élève parmi les pays d'Europe occidentale. Son taux de participation adulte à la formation s'établissait à 34,9 % en 2022 — sous la moyenne UE et en déclin depuis 2016 — alors que l'objectif national pour 2030 est de 60,9 %. L'écart à combler en huit ans est considérable.

Formation en milieu de travail — 48,8 % des diplômés professionnels (vs moyenne UE : 65,2 %)
Alternance en Flandre — le système dual ne touche que 6,6 % des étudiants éligibles
Federal Learning Account — lancé le 1er avril 2024, supprimé au 1er janvier 2026
Commissions paritaires — 79 sur 162 avaient conclu des conventions formation fin 2023

L'IA accélère l'urgence de reconversion

L'intelligence artificielle s'est installée à un rythme soutenu dans les entreprises belges. En 2025, 35 % d'entre elles utilisaient l'IA — une hausse de 20 points en deux ans. Un travailleur sur trois recourait à l'IA générative dans ses activités professionnelles (données CSE, février 2026, corroborées par Eurostat).

L'impact sur le marché du travail bruxellois est particulièrement documenté : selon l'étude Actiris de décembre 2024, 77 % des emplois à Bruxelles sont fortement exposés à l'IA, et environ la moitié de ces emplois font face à un risque élevé de substitution — qualifiés d'emplois « faiblement complémentaires » à l'IA. Les secteurs les plus touchés combinent des tâches routinières et un niveau de qualification intermédiaire.

Cette exposition massive crée une urgence de reconversion que les dispositifs actuels — droits individuels, fonds sectoriels, offre de formation publique — absorbent encore insuffisamment. La demande de compétences numériques de haut niveau progresse dans tous les secteurs : industrie, construction, santé et services publics.

Nouvelles approches : micro-credentials et apprentissage flexible

Face à l'inadéquation des formations longues et rigides, les micro-credentials s'imposent comme réponse institutionnelle. Ils certifient les acquis d'apprentissages courts et ciblés, et sont officiellement encadrés par la Recommandation du Conseil de l'UE du 16 juin 2022. Le Pacte pour les compétences de la Commission européenne les positionne comme outil prioritaire de l'upskilling et du reskilling pour 2025 et au-delà.

Leur adoption reste cependant inégale. Des recherches académiques récentes (2025) soulèvent des questions sur la reconnaissance effective par les employeurs et sur l'impact mesurable à long terme sur l'employabilité et les salaires. Les micro-credentials sont davantage un cadre institutionnel qu'une solution éprouvée à grande échelle.

L'enjeu de fond demeure le même : former en priorité ceux qui en ont le plus besoin — travailleurs peu qualifiés, demandeurs d'emploi, travailleurs dans des emplois exposés à l'automatisation — plutôt que de concentrer les ressources sur des populations déjà formées. C'est le paradoxe central que ni les réformes belges récentes ni les dispositifs européens n'ont encore résolu.

« Former en priorité ceux qui en ont le plus besoin — travailleurs peu qualifiés, demandeurs d'emploi, travailleurs exposés à l'automatisation. C'est le paradoxe central que ni les réformes belges ni les dispositifs européens n'ont encore résolu. »

Sources